Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /2009 14:28

En sortant de la réunion publique sur les "sans papiers" très justement sous-titrée "Nul ne pourra dire: On ne savait pas" le 14 septembre dernier, les sentiments de honte et de colère prédominaient. Colère, parce que ce que l'on fait subir à des êtres humains en France est inadmissible ; honte parce que tout cela est fait en notre nom : au nom du peuple français.

 

Ne pas disposer de papiers en France est un délit comparable au défaut d'assurance auto ou à une construction sans permis de construire. La différence, c'est qu'on se retrouve plusieurs jours ou plusieurs semaines en prison.

 

Tout commence par une interpellation lors d'un contrôle ou sur dénonciation, ensuite la garde à vue puis le transfert au Centre de rétention Administratif (CRA) comme celui de Cornebarrieu. Un CRA est aménagé exactement comme une prison: multiples portes et secteurs, cours de promenade, tout le mobilier est fixé au sol et aucune occupation (lecture, sport, …) n'est possible. Dans le secteur "famille", des bébés ou des enfants en bas age peuvent y être incarcérés.

 

C'est également un enfer judiciaire. Dès la garde à vue, la Préfecture émet un arrêté de reconduite à la frontière. A partir de son arrivée au CRA, la personne concernée dispose de 48 heures pour déposer un recours devant le Tribunal Administratif. Il doit apporter les justificatifs et les preuves des éléments qui permettraient au juge d'annuler l'arrêté d'expulsion. Par exemple, une Plaisançoise a été internée au CRA le vendredi soir vers 23h, elle devait faire déposer un recours au Tribunal Administratif par un avocat avant le dimanche 23h.

Les juristes de la CIMADE, seule association autorisée à aider les étrangers internés, tiennent une permanence à l'intérieur du CRA. Ils n'ont parfois qu'une vingtaine de minutes pour dialoguer avec la personne menacée d'expulsion puisqu’il arrive qu'il y ait plus de 150 arrivées le même jour au CRA. Les permanents de la CIMADE sont souvent le seul contact avec l'avocat et la famille pour préparer la défense et réunir les preuves. L'avocat, commis d'office, n'aura que quelques heures pour rédiger le recours devant le Tribunal Administratif et il ne rencontrera celui ou celle qu'il défend que quelques minutes dans les couloirs du Tribunal.

 

Sans statistiques officielles, il est communément admis qu'il y a 400 000 étrangers sans papiers ("clandestins") en France. Mr Le Président Sarkozy a décidé qu'il fallait exclure 27 000 étrangers en 2009. Pourquoi 27 000 ? Tout ceci est absurde, il suffit de regarder comment cet objectif va être atteint.

Plus de la moitié de ces 27 000 personnes sont des Roumains. Depuis l'entrée de la Roumanie dans l'Europe, ils reçoivent une prime pour rentrer dans leur pays. Ils reviendront dès qu'ils le pourront puisqu'ils sont européens et peuvent circuler librement.

Cela ne suffit pas, alors l'Etat encourage la délation de la part des services recevant du public et comme il est difficile d'arrêter de vrais clandestins, on va chercher ceux qui sont déjà bien insérés dans la société française: ceux qui ont un travail, paient leurs impôts, ont un logement fixe ou des enfants scolarisés… Lorsqu'un jeune lycéen ou étudiant atteint 18 ans, il reçoit une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), il devient "expulsable", la France l'expulsera dès ses 19 ans vers un pays qu'il a quitté dans son enfance.

 

Pour satisfaire son électorat d'extrême droite, Nicolas Sarkozy est prêt à tous les sacrifices. Une expulsion coûte environ 20 000 Euros en moyenne, c'est ainsi plus de 500 millions d'Euros par an qui sont ponctionnés sur le budget de la France en crise. Une telle somme ne serait elle pas mieux utilisée si elle était consacrée à aider les pays d'origine de ces étrangers ?

 

On peut soutenir une politique de régulation de l'immigration en France et en Europe, cette politique peut intégrer à une certaine forme de répression, le débat n'est pas là. Par contre il faut exiger que cette politique s’effectue dans le respect des droits de l’homme et de la dignité humaine.

 
Phillipe Guyot

 



Vous pourrez soutenir ces revendications en rejoignant le collectif "sans papiers" de Plaisance du Touch qui est en train de se constituer (blog

http://plaisancesanspapiers.org/ ou mail  contact@plaisancesanspapiers.org) et en participant à la "JOURNEE DE SOUTIEN AUX PERSONNES PRIVEES DE PAPIERS ET DE PROTESTATION CONTRE LE CENTRE DE RETENTION DE CORNEBARRIEU" le 7 novembre 2009 à Colomiers et à Toulouse.

Par Parti Socialiste
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